Elle ne devait pas avoir plus de cinq ans quand je l'ai connue et, immédiatement, son sourire a trahi son bon caractère. Rien n'est grave, rien n'est important ; il n'y a pas de problème, il n'y a que des solutions. Pourtant la vie ne lui a pas fait que des cadeaux et, depuis quelques années, les temps sont plutôt..... durs. Mais, pour autant, sa passion pour les animaux ne faiblit pas d'un pouce. Sauf que pour remplir les missions qu'elle se donne envers les bêtes qu'elle adore, elle est obligée de faire ce que bien d'autres feraient faire. Son courage n'a d'égal que son bon coeur, je voulais lui rendre hommage par ces quelques lignes.

Lajava est une jument qui a tellement qu'elle en a conservé un ventre distendu, tout rond. On la croirait prête à mettre bas, il n'en est rien car Lajava est à la retraite. Mais une poulinière à la retraite c'est un accueil très hostile au milieu des jeunes pouliches qui prennent la relève. Alors les coups pleuvent, les blessures se multiplient, les morsures se font plus graves. Pour sa survie, il fallait que Lajava trouve un refuge. C'était urgent. 

Alors elle l'a récupérée. On la lui a donnée. Elle n'a eu que le transport à payer ; de toutes les manières, elle n'aurait pas pu l'acheter. Dans les pâtures que l'on met à sa disposition, Lajava s'est refait une santé. Elle a cicatrisé ses plaies, elle a repris des kilos et, surtout, elle a repris confiance. Elle est très douce, câline et si un enfant veut monter sur son dos, elle se laisse faire. Tranquillement. 

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Lui, c'est un champion. Un grand sportif à la lignée brillante. Pour certains, Roquépine signifie encore quelque chose.... Il est son petit-fils. Sa discipline, à lui, était le trot attelé. Il était un grand gagnant. Pour ne pas le voir grossir, pour qu'il reste aussi rapide et léger, on sous-dosait son alimentation et chaque jour, c'était l'entraînement dès potron-minet. Alors, il est arrivé un moment où Petit Coeur a lâché prise. Comme tous les sportifs, il a cassé un câble et n'a plus voulu. Il ne voulait plus s'entraîner, il ne voulait plus courir. Il se rebiffait et devenait violent. Il voulait se débarrasser de tous ceux qui lui en avaient trop demandé. Et un crack qui craque, on l'envoie..... à l'abattoir; La veille du grand départ, Elle a levé le doigt pour le recueillir. Tout maigre qu'il était, tout excité qu'il était, il est arrivé dans la pâture prêt à en découdre avec tout le monde, avec les clôtures, avec le sol... Il a fallu quelques temps et beaucoup de patience pour qu'il se calme et retrouve un rythme de vie tranquille de retraité.... Alors qu'il devenait presque méchant, le voilà doux comme un agneau, câlin et tendre.... 

C'est une belle histoire, non ?

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Mais, pour ce bonheur de vie, il faut tout de même annoncer deux ou trois petites choses :

- Elle fait les pieds elle-même désormais car cela économise quelques euros. Toutefois, si les chevaux ne sont pas ferrés puisqu'ils restent au champ, la corvée de sabots revient souvent. C'est qu'ils poussent, ces ongles !

- Elle doit amener l'eau en jerricans car il n'y a pas de point d'eau. C'est deux fois par jour tous les jours mais c'est trois fois au moins quand la température s'élève comme ces jours-ci.

- Elle doit aussi apporter le foin ! Les 20 euros d'achat s'envolent en crottins toutes les trois semaines. Pense donc : deux chevaux !!!

C'est sans aucun doute le dentiste qui coûte le plus cher. Les mors ont usé certaines dents qui sont tombées. Du coup, en face, la dent n'est plus usée par son reflet et elle pousse démesurément si on n'y prend pas garde. Et là c'est un travail qu'on ne peut imiter, il faut le professionnel.

Finalement, c'est le vétérinaire qui revient le moins cher parce qu'il ne vient pas si souvent que cela. Les chevaux vieillissent, certes, mais ils sont bien entretenus donc ils ne développent pas beaucoup de maladie. Les traitements contre les vers etc... peuvent être donnés manuellement. Par contre, outre le foin, il faut tout de même un peu d'aliment complémentaire pour un apport vitaminique indispensable. 

Elle, elle pleure encore les deux juments qui sont mortes. Toutes les deux ont vécu de belles années de retraite et sont mortes de leur "belle" mort si l'on peut dire.... mais quand on s'occupe ainsi de deux chevaux, comment supporter leur disparition ? Leurs photos trônent en bonne place dans la maison et même un petit essai de peinture rappelle l'une des deux juments sur une toile de petit format. Elle le dit et Elle le déplore mais dans une dizaine d'années, Elle n'aura certainement plus la moëlle ni les forces nécessaires pour continuer. Elle ne pourra plus accueillir de chevaux ni en sauver de l'abattoir..... En attendant, que ceux-ci en profitent bien même s'ils ne savent pas à quoi ils ont échappé de justesse !