Retour de pêche
Les ports sont toujours des endroits vibrant d’activité mais ce jour-là, c’était retour de pêche. Certains bateaux, parce qu’ils ont des caisses au fond de leur cale, viennent accoster au quai. A marée basse la grue descend au fond de leurs entrailles pour soulever une pile de caisses et les poser sur le quai mais un quai inférieur permet aussi à des employés de la criée d’empiler les caisses dans un ascenseur qui monte ses trésors au fur et à mesure que les bateaux se vident.
Ci-dessus, le petit chalutier vient se ranger le long du quai, au ras de la coursive inférieure qui permet son déchargement.
D’autres bateaux, qui ont pu préparer les sacs de coquillages et qui les tiennent à disposition sur leur pont, accostent une descente de bateau où un Fenwick les rejoint pour prendre possession de leur cargaison.
Les bateaux, bien organisés, attendent leur tour à l’écart. Ils restent suffisamment loin pour permettre à celui qui quitte son stationnement de manoeuvrer : marche arrière pour commencer puis virage à babord afin de croiser le bateau en attente par tribord. C’est qu’il y a un code à respecter !
Celui-là ramène une cargaison de palourdes. Je ferais volontiers un petit trou dans un des sacs pour prélever deux poignées de coquillages. J’adore ça. Je les ouvre au couteau et je les déguste ainsi, crus.
La cage d’ascenseur s’ouvre et un porteur s’empare alors de la palette lourdement chargée. Il portera son trésor dans les hangars de la criée, juste derrière lui.
La grue descend sa chaîne à crochets jusque dans la cale du bateau et soulève le produit de la pêche pour l’amener sur le quai.
Dans la criée, les palettes chargées de coquillages sont rangées, répertoriées, étiquetées avant d’être ventilées dans les camions frigorifiques qui attendent derrière et qui vont aller livrer, illico, les supermarchés alentour. D’autres chargements prendront la route pour rejoindre des halles à poissons, d’autres grandes surfaces, des poissonneries.... Autant de distributeurs qui auront acheté leur stock directement à la criée.
Les roussettes grises attendent leur voyage. Malgré l’oeil vif de la bête, je vous rassure, elle est bien morte. Elle est même réfrigérée car, dans le bateau, elle a été conservée directement dans la glace où elle s’est lentement endormie.
Les choses vont si vite de nos jours que les rougets grondins sont déjà emballés individuellement sous poche plastique. Ce travail de conditionnement est également fait à bord du bateau, durant le trajet de retour vers le port.
On est bien loin du retour de pêche de jadis quand les marins quittaient leur bord, tour à tour, leur panier d’osier rempli à la main. Aujourd’hui, je suppose bien qu’ils bénéficient toujours de leur “godaille” mais elle est sûrement dans une cagette, prête à être chargée dans le coffre de la voiture qui attend sur le quai.
Ce crabe est bien d’accord avec moi. “Tout a bien changé, ma bonne dame !”
C’est vrai qu’il est bien loin le temps où l’on venait sur le bord du quai pour accueillir les bateaux à leur retour de pêche. Le pont était encombré de poissons en mélange, de coquillages non triés, de crustacés en colère qui tapaient de la queue ou des antennes. Et l’on voyait aussi des étoiles de mer prises dans les mailles du filet ou des conques inconsommables qui faisaient de merveilleux coquillages décoratifs. A présent, le tri est fait en route et rares sont les vacanciers pressés d’arriver à temps pour le retour des bateaux !
Il est vrai que le déchargement manque singulièrement de charme, désormais. La pêche, même sur d’aussi petits chalutiers, confine à la pêche industrielle. Et, comme ce tourteau, moi aussi je me prends à lever les yeux au ciel en signe d’exaspération......
Que fera-t-on encore pour gagner du temps ?






















































































