Quand s'endorment les villas
La saison terminée, les volets sont rabattus sur les fenêtres, les maisons s'endorment au fond des jardins en attendant les prochaines vacances.
Depuis la plage du Moulin, le port de Saint-Quay se dessine dans le ciel brumeux. Les nuages restent très bas. La brume hésite entre descendre du ciel ou monter de la mer. Il ne fait pas froid mais il fait humide. Le sable colle aux semelles, les cheveux poissent un peu.
En descendant vers le vieux port depuis le parc du port es Leu, on retrouve un décor de mystère. Presque théâtral. Les feuillages se font rideaux de scène, le fond de la baie arrière-plan tout juste ébauché à l'aquarelle. Point de lumière ni de soleil mais des ombres en dégradés.
Curieusement, la brume a épargné les arbres du parc. Le chemin GR34 se perd dans le brouillard mais les arbres se dressent avec une force impressionnante.
Et l'heure est aux fruits mûrs, aux graines qui vont tomber et germer. L'heure est à la pérennité.
Parce que nous sommes sous un climat particulièrement doux où automne et printemps ont sensiblement les mêmes valeurs de températures, les arbousiers croissent facilement et un peu partout dans la station. Tantôt plantés en haies juste derrière un mur d'enceinte, tantôt isolé au milieu de pins pour la terre acide qu'ils produisent, le petit arbre présente en octobre ses feuilles, ses fleurs et ses fruits qui vont du vert au rouge foncé au fur et à mesure qu'ils mûrissent. Puis les "fraises" tombent au sol et libèrent la multitude de graines contenues dans leur pulpe. Les arbouses mettent deux ans à se former donc, quand la branche présente fleurs et fruits, il s'agit des fleurs de l'année et des fruits nés des fleurs de l'année précédente.
A ne pas confondre avec l'argousier particulièrement riche en vitamine C que l'on appelle aussi "ananas de Sibérie" bien qu'il soit issu d'Asie ou d'Amérique du sud. Si les arbouses donnent une eau de vie puisque dans nos régions les fruits ne sont guère employés pour la pâtisserie, les fruits de l'argousier font une confiture délicieuse et pleine de vertus médicinales largement reconnues par la Faculté.
Ce qui est toujours étonnant ici, comparativement à d'autres côtes comme celles d'Aquitaine, des Charentes Maritimes, de Vendée ou même de Bretagne du sud, c'est que le vert rejoint le bleu : la forêt descend jusque dans la mer. Comme les feuillus sont souvent des châtaigniers, il n'est pas rare de voir des châtaigniers se pencher sur l'eau.
D'ailleurs cela me fait penser que dimanche, le 28 octobre, à Etables-sur-Mer se tiendra la "Fête de la Châtaigne". Je serai prise par un repas de famille mais j'espère avoir l'opportunité, en fin de journée, d'y faire un saut car j'aimerais vraiment, vraiment, vraiment, y trouver de la farine de châtaigne. Je voudrais me tester sur une recette de gâteau à la farine de châtaigne. Pour en avoir goûté un l'année dernière, j'ai conservé un souvenir ébloui et l'envie de m'en faire un !
Avec cee temps d'un calme olympien, naviguer à la voile relève de l'exploit. Il n'y a pas de brise et sortir du port c'est prendre le risque de rester scotché.
Et ce calme invite à marcher le long du rivage ou à errer dans les rues en admirant les jolis jardins maintenant endormis et les villas dont le pouls s'abaisse tout doucement. Peut-être que Noël les ranimera le temps de quelques jours de vacances sinon elles attendront patiemment que revienne Juillet.
Celle-ci arbore des mosaïques turquoises aux coloris aquatiques et transparents.
Celle-là tente de soulever une paupière pour apprécier les grandes marées de la semaine,
Et la brume enveloppe quelques jolies endormies au sommet de la falaise, tout en estompant ombres et lumières. Le paysage se floute en chinoiserie esquissée.
Derrière son haut mur d'enceinte, cette dernière villa oppose ses pierres grises et ses ardoises de toiture aux dernières roses en fleur du jardin..;











